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Placebo: une autre façon de soigner

Placebo-1

L’imaginaire collectif lie encore trop souvent le placebo au « malade imaginaire », le seul aspect psychologique ayant été longtemps privilégié pour en expliquer l’efficacité.
En réalité, ces «mensonges qui guérissent» engendrent bel et bien des processus physiologiques. D’ailleurs comme le souligne le psychiatre et docteur en neurosciences Patrick Lemoine « la placebo sensibilité est plutôt un signe de bon équilibre mental ».

Qu’en dit la science?

Les scientifiques ont bien compris eux, la complexité de ce phénomène de guérison et la pluralité des agents impliqués.
C’est que l’enjeu est de taille, y compris pour l’industrie pharmaceutique, les recherches sur le sujet ne manquent donc pas en Europe et à travers le monde. Les progrès techniques (scintigraphie, tomographie, IRM…) ont aussi permis des observations nous permettant une meilleure compréhension.

Il en ressort que l’effet placebo est, entres autres, lié à deux « mécanismes » physiologiques majeurs: l’activation des récepteurs cérébraux opioïdes (dédiée aux opiacées) qui ont des propriétés analgésiques et procurent des sensations de bien-être et la libération de dopamine, neurotransmetteur liée à la récompense et à l’anticipation du plaisir.

Le patient est donc dans un état neuronal propice à sa guérison.

D’après les travaux d’Anne Harrington les placebos n’ont pas toujours la même efficacité: inefficace face aux maladies organiques par exemple une septicémie, elle pourrait atteindre 80% pour troubles dits fonctionnels comme une lésion ulcéreuse ou les troubles moteurs de la maladie de Parkinson.

Dans une de ses études récentes (avril 2015) de Kathryn Hall, d’une équipe de recherche de Harvard, établirait aussi qu’il existe 11 gènes favorisant l’activation des mécanismes cérébraux propres à l’effet placebo (avril 2015).

Elisa carlino chercheuse en neuroscience à Turin a pour sa part mené des expériences, sans administration de substances, juste en « injectant des mots » comme le résume son confrère le physicien et neurophysiologiste Fabrizio Benedetti. Et là encore, des modulations physiologiques sont objectivées.

Bref, le mythe du « c’est dans la tête » a du plomb dans l’aile, trouvez pas?

Je vous propose cet excellent documentaire de Emmanuelle Sapin et Pascal Goblot qui fait le point sur l’état des recherches:

Bon, jusque là tout va bien. Le schéma ne bouscule pas trop notre rationalité. Un malade, un « médicament-leurre », un cerveau qui sécrète et soulage, ok.

Mais si c’est le médecin lui même qui est leurré?

L’anecdote du Dr Stewart Wolf médecin américain est bien connue.
Le docteur Wolf avait en charge un patient asthmatique chronique.
Informé des travaux d’un laboratoire pharmaceutique sur une nouvelle molécule, il sollicite auprès du laboratoire des échantillons, de cette molécule à priori plus efficace.
Il le reçoit et le prescrit à son patient dont l’état s’améliore nettement. Ce dernier ne fait plus de crises pour la première fois depuis dix-sept ans.
Pour « trier » la part placebo de l’efficacité réelle de la molécule, il commande au laboratoire un placebo de ce médicament avec strictement le même conditionnement. Qu’il administre à son patient dont la rechute est immédiate.
Wolf répéte l’expérience 5 fois : chaque fois que son patient prend le médicament, son état s’améliore, et rechute à chaque nouvelle prise de placebo.
Lorsque le médecin recontacte le labo pour les informer de ses essais et de sa certitude de l’efficacité de la molécule, le labo lui répond qu’il ne lui ont été fourni que des placebos !

Le principe actif se révèle donc être la croyance du médecin, sa foi en la molécule…

Perturbant un peu, non?

Voilà en tout cas matière à réflexion.

Et puisque le phénomène est si fortement corrélé à l’attitude du soignant, voilà qui nous apporte également un éclairage sur son contraire l’effet nocebo.

Les effets nocebo ont été observé quand les rapports avec soignés/soignants ne sont pas teintés de confiance, ou quand le médecin n’a pas d’espoir ou ne croit pas au médicament prescrit.

«A placebo égal, l’attitude du praticien est déterminante. En outre, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’existe pas de profil psychologique type de bon répondant», confirme Jean-Jacques Aulas, psychiatre et psychopharmacologue clinicien.

Dès lors, la nécessité de sensibiliser et former le personnel médical à la bienveillance ne paraît pas superflu.

Enfin comment évaluer l’efficacité de nos médicaments, si le point référent d’évaluation est lui même fluctuant? En effet l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament est corrélée à ce que son efficacité soit supérieure à celle d’un placebo (qui est en moyenne de l’ordre de 30%).

Placebo et membres fantômes

Plus surprenant, comme nous l’avons vu dans la vidéo, plusieurs études notamment à Harvard, font la démonstration que l’effet œuvre même si le patient est informé du caractère placebo du traitement reçu.
Cette découverte a été, tant pour les patients que pour les scientifiques, une surprise déroutante, on le comprend aisément.

Ce même phénomène est également mis en évidence par les travaux de Vilayanur Ramachandran (neurologue et directeur du centre pour le cerveau et la cognition, professeur de psychologie et neurosciences à l’université de Californie) sur le traitement des douleurs sur liés aux « membres fantômes ».
Les « membres fantômes » sont des perceptions, souvent douloureuses, d’un membre (main, dents, jambes etc..) ressenties par des personnes ayant subi une paralysie ou une amputation de cette même partie de leur corps.

Par un ingénieux, mais ultra-simple, jeu de miroirs reflétant le bras ou la jambe non atteint , il offre à ses patients, ou plus exactement à leur cerveau, de « voir » à nouveau le membre amputé ou paralysé se mouvoir librement.
Cette illusion, ne peut tromper le patient, qui a bien conscience d’avoir l’un de ses membres dans une boîte équipée de miroirs et pourtant les douleurs s’amenuisent voire disparaissent.

Je vous laisse découvrir dans la vidéo qui suit, l’une de ses interventions TED dans laquelle il détaille le processus. L’intégralité de son speach est passionnant, mais c’est dans la deuxième partie (à partir de 9mn 13) qu’il traite des membres fantômes.

C’est donc le cerveau qui est leurré et non le patient.
(Enfin, si l’on considère que le cerveau est bien le seul centre de pilotage de notre corps. Cf: le cerveau du coeur)

Perspectives

En sciences pour qu’un résultat, une expérience ou une étude soit validés ils doivent être reproductibles.

C’est une caractéristique première, qui implique de communiquer de façon claire sur les conditions dans lesquelles l’expérience première a été réalisée pour qu’elle puisse être répétée par une autre équipe.

Bien que tous les « mécanismes » physiologiques de l’effet placebo ne soient, à l’heure actuelle, pleinement compris, son efficacité a été maintes fois objectivé, expérimenté, mesuré.
De même des protocoles d’évaluation ont été reproduits.

Ce qui amène David Servan-Schreiber neuropsychiatre à déclarer « Un effet placebo qu’on contrôle, qui, à chaque fois qu’on l’utilise, guérit le patient, n’est plus un placebo, c’est un traitement ! »

Ah, là, je sens vos neurones crépiter.

Je trouve marquant que l’un des scientifiques interviewés formule « les symboles et rituels de la médecine modifient l’expérience de la maladie et soulagent les symptômes ». Les termes rituels et symboles relevant habituellement du champ lexical des médecines dites « alternatives ».

Nous pouvons appréhender l’importance du fait que les croyances du malade coïncident ou non avec les traitements dont il est l’objet et ce quels que soient ces traitements: allopathiques ou autres.

Une foule de questions se font jour à cet instant.

Certaines d’ordre éthique comme « Est ce que tromper pour soigner est « bien » ou « mal »? », d’autre plus pratiques: « quel est le réel et complet potentiel de la suggestion? » ou « la médecine occidentale pourrait elle développer une branche placebo pour limiter le recours aux techniques invasives ou à l’ingestion de substances actives? »

Et vous? Quelles questions suscitent en vous ce mystérieux mais sympathique effet placebo?

nothèque.)

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1 Commentaire

  1. 4 février 2016    

    Salut et merci pour cet article qui est vraiment intéressant et correspond bien aux données scientifiques que j’ai pu parcourir !
    La question de la façon dont on peut intégrer le placebo dans les traitements actuels est vraiment fondamentale, et pose pas mal de questions éthiques effectivement : est ce qu’on doit le dire, dans quel contexte, quand et comment… est-ce qu’on peut se permettre d’utiliser seulement un placebo et à quelle condition, etc. En ce qui me concerne j’ai tendance à penser qu’on devrait déjà, pour commencer, rétablir un peu la vérité sur ce placebo qui est souvent un peu vue comme une dénigration du ressenti du patient du genre « pff ton truc c’est un placebo ». Si on en a une meilleure connaissance, c’est aussi plus facile d’accepter le fait que notre mieux être dépende d’un placebo, et éventuellement on peut aussi éviter d’acheter les yeux fermés tout ce que le pharmacien propose (notamment des placebo qui sont surtout jolis, ont de bons gouts ou odeurs..et coutent chers, évidemment). Bref, un peu plus de transparence…mais aussi intégrer les effets contextuels qui sont à la base du placebo dans la médecine conventionnelle, qui en manque cruellement. J’ai essayé de développer ça un peu dans un article de mon blog, tes commentaires sont bienvenus.

    https://manebuleuse.wordpress.com/2015/07/31/le-point-sur-leffet-placebo/

    Bonne journée !

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